L’hiver est une saison fascinante.
L’hiver c’est ce que l’on voit. Les arbres sont dénués de feuilles, le sol est recouvert d’humus, les plantes ont disparu ou bien sont au repos, les animaux s’abritent, certains s’endorment jusqu’au printemps, d’autres s’appliquent plus que jamais à trouver de quoi se nourrir, de quoi boire lorsque l’eau a gelé.
L’hiver c’est ce qu’on ressent, ce qui glisse sur la peau, se mêle au souffle, pénètre jusqu’au plus profond de nous parfois. C’est la fraîcheur, le froid, le vent, la pluie, et puis avec un peu de chance la neige et le gel bienfaiteur.
L’hiver c’est aussi ce que l’on ne voit pas. Les feuilles déjà décomposées, les graines tapies sous l’humus, les racines plongées dans l’obscur, les échos souterrains qu’elles créent, qu’elles perçoivent, qu’elles alimentent. C’est l’eau qui abreuve la terre en profondeur. Les rêves des animaux endormis et ceux des plantes en dormance.
L’hiver c’est la descente de la lumière et le besoin qui en découle, de faire une pause, l’envie de se tourner vers l’intérieur. L’hiver c’est le yin du yin, c’est le temps de l’introspection, c’est le moment de se dépouiller et de laisser la terre, la terre que nous sommes aussi, au repos.
On peut de nouveau se tourner vers les plantes, les animaux, les éléments pour mieux comprendre de quoi vient nous parler l’hiver. Pour mieux (ré)apprendre à lâcher-prise (laisser tomber les anciennes feuilles), à s’ancrer au coeur de ce que nous sommes (descendre dans nos racines) et à laisser peu à peu venir le nouveau (entrer en germination), le meilleur du nouveau (laisser les graines vivantes pousser).
L’hiver est fascinant.
Il nous emmène au plus profond de l’obscurité, au plus près de nos foyers, au creux de nos corps et de nos âmes. Et puis, un beau jour, la descente cesse. Au plus profond, au plus sombre des jours, la lumière renait. Et chaque jour un peu plus elle reprend du terrain à la nuit. Les bourgeons sont là, les graines sont prêtes, le sommeil se fait de plus en plus léger, la vie nouvelle peu à peu se dessine. Peu à peu seulement, car l’hiver jusqu’au bout nous montre le chemin à suivre, celui de la lenteur, celui du temps de l’eau profonde et de la nuit, celui qui ne fait pas de bruit. À en parler comme ça, on pourrait penser aujourd’hui que ce temps-là ne vaut rien et pourtant.
Il est celui où tout finit et tout commence.
Ce texte a été publié initialement dans la feuille des Plantes Compagnes, « En compagnie des plantes », hiver 2023. https://www.assoplantescompagnes.fr/infolettre/
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